Vieillir n’empêche pas d’aimer

Le vieillissement, chez tous les types de populations se caractérise d’abord par des signes visibles de modifications physiques aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Signes qui n’échappent pas aux regards auxquels la personne vieillissante n’est jamais indifférente.
Parmi les signes les plus courants et les plus visibles que subit le corps : l’apparition de rides, changements du squelette, motricité, vue, audition…etc., ainsi qu’une certaine diminution des facultés intellectuelles et physiques et d’autres en lien avec la mémoire ou le comportement.
Mais tout le monde ne vieillit pas de la même façon. Cela dépend de la nature de chacun, selon plusieurs facteurs : hérédité, environnement, hygiène de vie, conditions matérielles de vie (nature du travail ou de la profession exercée, accidents possibles au courant de la vie, confort, soins, entourage familial et social, et bien sûr, vie affective et sexuelle…).
Concernant les immigrés maghrébins venus depuis longtemps rechercher du travail en France et qui se sont au final établis dans la durée, les sociologues utilisent un concept : celui de Va- et-Viens, c’est-à-dire d’une démarche qui consiste à travailler et vivre en France, mais avec l’espoir d’un possible retour, puis de revenir terminer ses vieux jours sur le sol de la terre première. En y ayant au préalable acheté une maison pour ceux qui auraient réussit à gagner suffisamment d’argent, entourés et protégés par leurs familles et leurs proches restés au bled.

Mais avec la crise multiforme que connaît la France depuis au moins deux décennies, cela se passe rarement ainsi et beaucoup finissent en maison de retraite, dans une relative solitude, puisque même leurs familles fondées en France, subissent souvent les mêmes évolutions , à quelques détails près que celles des familles françaises dîtes de « souche ». Les divorces sont nombreux, les enfants grandissant n’ont pas les mêmes règles et ne suivent pas les mêmes devoirs que ceux préconisés -imposés- par la culture traditionnelle, mêmes les filles ! Au cours de la vie, les amitiés et solidarités « à l’ancienne » s’effilochent, laissant plutôt la place à l’individualisme et à l’égoïsme, surtout si la personne âgée à des problèmes pus ou moins graves de santé et de moyens financiers…

Nous y reviendrons concernant l’hébergement de ces personnes et leur vie en foyer en tenant compte du fait -très important- qu’elles sont de culture maghrébines, donc arabo-musulmane avec ce que cela entraîne comme contraintes et efforts d’adaptations de leurs part et de la part de l’institution qui les accueille.

Mais d’abord, revenons à notre propos de départ, avec cette affirmation : vieillir n’empêche pas d’aimer et nous ajouterons : à la fois sur le plan affectif et sexuel !

Les visions dominantes que l’on a de la vieillesse liée à la sexualité sont globalement très normatives des deux côtés de la méditerranée, malgré les différences de cultures.
C’est un sujet qui reste paradoxalement, partiellement tabou.

En Europe et dans les pays développés en général de nets progrès ont été réalisés à la fois grâce aux soins qui permettent une plus grande longévité et donc une poursuite des activités (de façon plus réduite ,certes ) dans tous les domaines y compris sexuels. La nouveauté est que le « fardeau des regards » s’est considérablement allégé et il n’est pas rares de voir des personnes âgées, femmes et hommes dans des lieux ou à des occasions festives, se « pavaner » avec l’intention claire de draguer ou au moins de se faire une amitié avec une personne de l’autre sexe. Cela ne choque plus comme autrefois ; cela fait rire un peu quand même les plus jeunes. Discrètement.
L’exemple le plus parlant est celui des « cougars », (un peu démodé maintenant) : ces femmes mûres qui cherchent ouvertement des jeunes, prêtes à leur offrir l’amour mais aussi à les « materner » au besoin et plus si affinités. Et qui ont eu leurs heures de gloire quelques temps sur les médias, même les plus « austères ».

Côté maghrébin, que cela soit au bled ou sein de la diaspora, cela s’avère plus compliqué et
on pouvait s’y attendre…

Que cela soit au sein de la vieille immigration classique si l’on ose dire ou au sein des nouvelles générations issues de l’immigration ou venues la rejoindre après tous les soubresauts connus par les pays du Maghreb ces deux dernières décennies (c’est-à-dire une génération de lettrés pour ne pas dire « intellectuelle »), on constate une constance, une sorte de consensus quasi inébranlable : les « fameux « houdoud Allâh » (1), infranchissables même parmi les plus progressistes qui se disent parfois laïques ou mêmes athées !!!

En effet l’aspect tabou de la sexualité chez les séniors est encore plus ancrés et l’opinion est encore plus sévère envers eux, du fait que la culture maghrébine et arabo-musulmane en générale considère que la vieillesse doit représenter l’âge de raison, le moment ou les « égarés » éventuels doivent rentrer définitivement dans le droit chemin afin de se faire pardonner leurs écarts au moins partiellement le jour du Jugement Dernier. Cela s’appelle la « Touba ». Avec en principe de retourner à la prière obligatoire pour celles et ceux qui la négligeaient ou l’ignoraient totalement, l’observation strict du jeun durant le ramadan, le pèlerinage à la Mecque pour ceux qui ont en les moyens, l’abstinence totale concernant toute consommation d’alcool ou de jeux de hasard et bien sûr, un comportement irréprochable dans tous les autres domaines. Il leur est par exemple vivement recommandé de « faire acte de pénitence » en portant aide aux plus démunis s’ils en ont les moyens et de participer à des œuvres de bienfaisance en général….

Selon ces critères unanimement partagés (sauf quelques rares cas d’exception), une personne qui a dépassé la cinquantaine ou la soixantaine – même en milieu lettré et aisé – qui essaierait de « se la jouer jeune » en matière vestimentaire par exemple et surtout de comportement aurait l’air non seulement ridicule, mais susciterait soupçons et méfiance…
Mais revenons à la question centrale qui est au centre des préoccupation, bien au-delà des questions d’obligations religieuses : la sexualité, la fornication.

Là encore, l’Islam dans sa forme jurisprudentielle (application de la charia) est clair : tout à fait légal et même conseillé, encouragé dans le cadre légal du mariage. Notons au passage que la polygamie est légale au Maroc et en Algérie, sauf en Tunisie. On peut penser donc que les hommes, nettement favorisés par rapport aux femmes, restent comblés même à un âge avancé. Signalons aussi au passage que la polygamie – interdite en France – existe quand même en milieu d’immigration, de façon illégale et très marginale. Les cas les plus fréquents concernant les immigrés relèvent surtout de la bigamie avec souvent une épouse en France et une autre au bled sans que l’une ou l’autre épouse soit au courant de la double vie de leur mari. Ce qui n’empêche pas les soupçons, tant il est difficile de cacher ce genre de situations durant toute une vie.

Le cadre de l’activité sexuelle étant ainsi circonscrit dans le cadre du mariage légal, se pose la question des capacités physiques et psychologiques à accomplir le « devoir conjugal » aussi bien pour les hommes que pour les femmes, notamment pour les dispositions caractéristiques biologiques concernant ces dernières. Pour cela, voyons ce que disent les spécialistes en gérontologie sur ces cas précis.

Ménopause, andropause, impuissance… une fatalité ?

Le mot « ménopause » apparaît pour la première fois au cours des années 1810-1820. Avec l’apparition de ce phénomène (qui peut survenir à des âges différents selon les personnes), c’est une nouvelle période de la vie qui commence, conçue comme  charnière dans l’existence, marquée par une cohorte de maux et de conduites étranges ; considérée comme une maladie, la médecine a mis beaucoup de temps pour en dresser l’étiologie.
Car la  ménopause peu ou prou, ressemble à une « maladie  de la femme » qu’il faut, en toute logique, soigner.
Pour les hommes, il faut attendre les années 1940 pour que soient publiés les premiers travaux sur « la ménopause virile », très vite baptisée d’un terme spécifique plus savant: l’ »andropause ». Associée à une disparition ou du moins à un très sévère fléchissement de la puissance virile qu’il conviendrait de traiter – terme qu’il faut ici appréhender dans toute sa polysémie – avec le plus grand sérieux, elle devient, elle aussi, l’affaire des médecins.

La plupart des spécialistes travaillant sur la sexualité des personnes âgées font le même constat : les femmes âgées parlent plus facilement de leurs problèmes en termes de symptômes, les décrivent sans fausse pudeur souvent avec précision ; là où les hommes, gênés aux entournures, « tournent autour du pot » et essaient de se réfugier dans l’humour en feignant de ne pas prendre ces problèmes trop au sérieux, ce qui n’aide guère les médecins qui cherchent à savoir pour ensuite essayer de proposer des remèdes.

Femmes et menstrues : le sang indésirable

Les femmes décrivent avec force détails les nombreux troubles qui, « à un certain âge » a affectent leur corps: sueurs nocturnes qui rendent le sommeil difficile et épuisent même les plus solides, menstruations devenant erratique, paraissant deux fois dans le mois pour, ensuite, ne plus se manifester pendant de très longues semaines, « hémorragies » qui les « vident de leur sang » et dans lesquelles elles voient les signes annonciateurs d’un « fibrome », bouffées de chaleur qui, soudain, s’emparent d’elles, les obligeant à se dévêtir, sautes d’humeur qui les font passer du rire aux larmes « sans savoir pourquoi », « idées noires » qui conduisent certaines à « envisager le pire », « nerfs à fleur de peau » qui les poussent à d’incompréhensibles colères et laissent leur entourage dans le désarroi, ne sachant que faire. Elles le savent : tout ce désordre, tant physique que psychique, est, dans sa polymorphie même, la signature de ce que les plus âgées appelaient autrefois le « retour d’âge », terme désuet aux yeux des plus jeunes, souvent leurs filles, qui préfèrent le terme moderne de « ménopause ». Nombreuse sont celles qui pense que la solution est d’aller « se faire opérer », seule façon de mettre un terme à ce chaos physiologique.

Dans la culture maghrébine, le sang prend des dimensions plus importantes dans la mesure où il est chargé de symboles. Qu’il s’agisse du sang humain coulant pour diverses raisons ou de celui des animaux du fait de l’abattage et du respect da la stricte règle religieuse de l’égorgement (mouton de l’Aïd ainsi que des autres animaux licites tel que certains oiseaux…). Autrefois, les saignées constituaient un traitement particuliers que les mères pratiquaient elles-mêmes sur leurs nouveaux nés afin de leur éviter par anticipation certaines maladies courantes.

La charia et souvent des traditions ancestrales imposent des précautions pour éviter tout contact avec des lieux du corps ; celles concernant les menstruations ne font pas exception.
Le tabou du sang menstruel, comme celui d’autres excrétions peut être conscient, tout comme il peut être masqué par d’autres considérations. De fait, le sang menstruel est considéré comme ayant des propriétés curatives et thérapeutiques, mais aussi et surtout des vertus « talismaniques » !

Le sang le plus recherché est celui de la fille vierge qui a ses premières menstrues. Il susciterait la passion des jeunes filles pour les hommes qui les courtisent. Les menstrues des femmes plus âgées sont, elles, sujettes à des défenses plus grandes et la notion d’impureté, « ndjâssa » entraîne un rejet, teinté même d’une sorte de sentiment d’horreur et de dégoût.
Les menstrues sont connotées de la valence d’impureté, de nocivité et de tabou. La notion de « débordement sanguin » est largement répandue en milieu féminin où l’expression « n’fîdh », littéralement: je me noie sous mon propre sang, n’est pas seulement une exagération langagière, mais reflète bel et bien le fait que cette période d’indisposition est particulièrement redoutée.

Sexualité bridée : tous les prétextes sont bons

Aux abords de la ménopause, les femmes les plus audacieuses essaient d’imposer d’imposer l’abstinence sexuelle à leur époux.
Rappelons que dans la culture maghrébine traditionnelle, en suivant à la lettre certaines recommandations coraniques, la contraception est considérée comme « haram » (illicite ». Les enfants sont un don de Dieu et le Prophète lui-même, selon certains « hadith » (2) aurait exhorté les musulmans à « honorer » leurs épouses à volonté et à procréer, l’acte de fornication et la procréation étant assimilés à une aumône, donc acte « charitable » qui augmente considérablement les chances d’accès au Paradis.

Comment dans ce cas freiner les ardeurs du mari, surtout lorsque la vieillesse frappe déjà à la porte et que faire un enfant de plus dans des familles déjà nombreuses devient un problème bio-physiologique supplémentaire ?

Face aux désordres de la menstruation, certaines, qui ne savent pas ou ne peuvent pas imposer à leur mari cette abstinence, vivent avec effroi la cessation de leurs règles, redoutant de se retrouver de nouveau enceintes à un âge avancé. Naissance qu’elles considèrent même comme une honte ! Et, ce d’autant plus que ce qu’elles redoutent pour elles-mêmes, elles le dénonçaient sans ménagement chez les autres, évoquant, en termes accusateurs, ces mères qui mettent au monde un enfant alors que leur propre fille est en âge de procréer ou, pire encore, mariée et déjà mère.

Généralement, les femmes âgées ne manquent pas de stigmatiser ces familles où l’ordre des générations se trouve bouleversé, où le neveu est plus âgé que l’oncle. Elles ne s’étonnent pas de voir ceux qui se trouvent pris dans cet enchevêtrement générationnel connaître un triste sort (infécondité, suicide, célibat, sexualité considérée comme déviante, etc.). C’est la conséquence, « logique » selon elles, de la conduite inqualifiable de leur inconscience. C’est que ces femmes, jeunes mères et jeunes grands-mères à la fois, brisent un interdit, qui n’est pas clairement formulé mais qui gouverne bel et bien la vie sexuelle des couples traditionnels : la mère doit cesser d’être féconde lorsque ses propres enfants sont en âge de devenir parents. Elle devrait devenir pleinement « grand-mère ». Deux générations ne peuvent et ne doivent pas jouir du pouvoir génésique en même temps.

Hommes et andropause : le parti d’en rire…

Les hommes ne sont pas toujours familiarisés avec le terme « andropause. Et ceux qui le connaissent le tournent volontiers en dérision. Il est généralement plus délicat, pour un homme, de parler d’une opération de la prostate et de ses conséquences.
Le recours à l’humour, bien souvent salace, est, cela va de soi, une stratégie supposée efficace pour éviter d’avoir à trop en dire. C’était aussi une façon de dédramatiser la situation, nombre d’hommes refusant inconsciemment de reconnaître que peut être certaines capacités vitales car liées à la notion de virilité viendrait à défaillir.

Curieusement, d’après de nombreux spécialistes, c’est auprès de leur épouse qu’ils cherchent de l’aide. Le constat est valable aussi bien pour les hommes en consultations « Français de souche » que ceux qui sont issus de l’immigration. C’est à elle qu’ils confient le soin de « dire leur corps ». En somme, eux vivent les maux de la vieillesse dans leur corps, laissant à leur compagne le soin d’en énoncer l’étiologie, de les rassurer et même le cas échéant de les encourager à voir un médecin.

Les hommes résistent-ils à cette pression « médico-matrimoniale » ? Rien n’est moins sûr. Certes, ils ne sont pas légion à avouer qu’ils sont en proie à l’andropause. Mais plus rares encore sont ceux qui, aujourd’hui, osent résister à leur épouse lorsque celle-ci dit s’inquiéter d’un certain trouble et suggère qu’il faudrait « prendre rendez-vous chez le docteur ».
Précisons qu’en milieu maghrébin, les choses sont dites -même loin des oreilles des enfants ou de l’entourage en général – de façon très allusives, avec beaucoup de précautions de la part de la femme, afin de ne pas heurter la susceptibilité du mari, en sachant que la « chose sexuelle » est liée non seulement à une question d’orgueil, mais à quelque chose de beaucoup plus fort, liée à la culture d’origine et que l’on appelle le « charaf » : l’honneur !

Pour accepter d’aller consulter, au pire, tenteront-ils de négocier pour différer le moment de s’y rendre. Mais tous savent qu’il leur « faudra y passer ». Aujourd’hui comme hier, ils n’ignorent pas quels sont les grands sous-entendus de cette surveillance. Ils savent qu’elle interroge leur puissance virile. Non sans un évident scepticisme, qu’eux-mêmes partagent. Il suffit, pour s’en convaincre, de s’intéresser à l’humour masculin. En effet, en analysant les « blagues de cul », pour parler crûment, on s’aperçoit que, loin de la nier, elles insistent sur la disparition progressive de la sexualité sous l’effet de l’âge.

Maisons de retraites, foyers : hébergement et solitude

Le foyer familial constitue, chez les personnes âgées d’origine maghrébine, en principe, un acquis inaliénable, indiscutable, non négociable ; un droit quasi sacré et une obligation à laquelle les enfants et les petits-enfants, les proches (frères, sœurs et même cousins) ne peuvent se dérober…
C’est ainsi que dans les pays du Maghreb où les États sont souvent défaillants en matière de structures d’accueil et où l’on peut même parler de manque de politique globale concernant la vieillesse, les personnes âgées restent quand même protégées, soignées vaille que vaille et échappent en tout cas à ce mal indicible, peu médiatisé qui ronge les sociétés occidentales : l’isolement et son corollaire douloureux psychologiquement : la solitude.

Dans les pays du Maghreb et surtout en milieu rural ou semi-rural où les solidarités sont encore très fortes, il arrive même qu’une personne âgée devenue veuve à la suite d’un accident ou d’une mort naturelle du conjoint, soit remariée – si elle le désire – par la communauté avec l’accord bien sûr de la famille des personnes concernées. Même si l’on sait qu’il s’agit d’un (re) mariage plutôt formel, qu’il n’y aura pas de nouvelles naissances et que la relation est nouée officiellement plus pour apporter au veuf ou à la veuve, une compagnie, de l’affection, une entraide concrète pour les multiples tâches de la vie quotidienne, bref, un « supplément d’âme ».

Dans les grandes villes et les villes moyennes, les choses se passent différemment en moins bien, hélas. Les mutations profondes que connaît la société font que l’on trouve désormais des vieux (y compris des femmes), seuls(es), quasiment à la rue, sans ressources, complètement abandonnés par les leurs, avec pour seule aide, la charité des gens du quartier qui a ses limites. Mais là encore, les choses bougent. Devant la défaillance des états (doit-on dire indifférence ?), des associations caritatives de plus en plus nombreuses apparaissent avec pour but, entre autre d’aider ces déshérités et notamment les femmes surtout quand elles sont accompagnées d’enfants ! Mais ces associations souffrent elles-mêmes cruellement de moyens. Signalons quand même au passage que ces associations sont majoritairement d’ « obédience islamiste », c’est-à-dire qu’elles agissent d’abord pour faire passer un message à la fois religieux et politique et que leurs actions ne sont donc pas totalement désintéressées. Elles ont cependant le mérite d’intervenir auprès des personnes en détresse et c’est cela qui compte d’abord.

En France où en principe, il existe depuis longtemps non seulement une politique globale concernant le troisième âge, mais aussi des structures publiques ou privées plus ou moins adaptées, on constate quad même de nombreux problèmes et disfonctionnements. Une grande proportion de cette population de personnes âgées abandonnées par leurs familles vit dans des conditions précaires. Nous les retrouvons seuls dans des foyers pour travailleurs immigrés (dont les fameux « chibanis »), dans les maisons de retraite, mais encore dans des petites chambres louées, qui sont peu adaptées à la situation de ces personnes.

Les seniors, internet et les réseaux sociaux

Il est loin ce temps où l’on considérait qu’Internet est un truc de jeunes. Les résultats des enquêtes que nous avons consultées (3) sur les habitudes des seniors vis-à-vis du numérique
montrent bel et bien qu’il n’y a plus d’âge pour « surfer ». 11 millions des internautes français, soit presque le quart des internautes en France, sont des seniors.
Après avoir profité de leur vie professionnelle, les fameux baby-boomers sont aujourd’hui arrivés à un stade de leur vie où les technologies occupent une place de plus en plus importante. 92% des personnes âgées pensent qu’Internet facilite leur quotidien. D’ailleurs, les seniors passent en moyenne 14 heures par semaine sur Internet.
Il en ressort que la première préoccupation est de rester en contact avec la famille et les proches. La deuxième serait le travail à domicile, ce qui leur permet de prolonger leurs activités professionnelles même après la retraite. Vient en troisième position la recherches de nouvelles amitiés et bien sûr si possible de rencontres amoureuses. Viennent enfin l’échange de courriels, la recherche générale d’informations et la recherche d’informations sur les transports (notamment horaires), sur les services administratifs et sur les autorités, ainsi que sur des thèmes liés à la santé.
Devant ce constat, dans un premier temps, la technologie a d’abord cherché à adapter le matériel. Des téléphones à grosses touches, des écrans plus larges et des téléviseurs connectés : tel a été le premier réflexe des industriels. Dans un second temps, les fabricants ont cherché à simplifier les interfaces, à créer des applications spécialement conçues pour les seniors. Puis devant l’intérêt et le succès marchand, on a créée des réseaux sociaux de proximité.
Il apparaît que les seniors sont très nombreux sur les réseaux sociaux et très actifs. Ils sont surtout présents sur Facebook, Skype et Twitter. Comme le reste de la population, les personnes âgées utilisent les réseaux sociaux pour communiquer, notamment pour rester en contact avec leurs proches comme leurs petits-enfants, pour se divertir, pour s’informer et pour faire des rencontres.
30% des plus de 50 ans affirment qu’ils apprécient les médias sociaux, car ils leur permettent de rencontrer des personnes qui partagent les mêmes centres d’intérêt qu’eux (voyage, sport, cuisine, échanges de « tuyaux » notamment pour les achats en ligne…). De ces rencontres émergent des projets de sorties avec d’autres seniors de la région ou même de voyage vers d’autres pays. Certaines rencontres font même naître des relations amoureuses.
Malgré cet engouement pour Internet, certaines personnes âgées montrent encore des réticences vis-à-vis de l’outil. Leur principale peur est la violation de leurs données personnelles. D’autres se disent dépassés par les technologies, mais ne rechignent pas à s’y mettre s’ils trouvent quelqu’un pour les initier et les encourager.

Notes :

(1) Abdelouhab Bouhdiba, la Sexualité en Islam. PUF, 20210
(2) Ensemble des propos attribués au Prophète et ecueillis dans des ouvrages dits de « Hadith » avec commentaires des exégètes. Parmi les plus célèbres, ceux des imâms Muslim et Boukhari.
(3) Statistiques source : Hans Rudolf Schelling Alexander Seifert.
Etude réalisée par le Centre de gérontologie sur mandat de Pro Senectute Suisse, en collaboration avec l’Office fédéral de la communication (OFCOM) et l’Institut für Publizistikwissenschaft und Medienforschung de l’Université de Zurich Zurich, mars 2010.

Bibliographie :

Debled Georges, 1988, L’Andropause : causes, conséquences et remèdes, Paris, Maloine.
Héritier-Augé Françoise, 1998, « Anthropologie de la ménopause », in Claude Sureau, Françoise Héritier-Augé, Sylvie Epelboin, Daniel Delanoë & Sylvain Simoun (dir.), Stéroïdes, ménopause et approche socio-culturelle, Paris, Elsevier
Moulinié Véronique, 1998, La Chirurgie des âges. Corps, sexualité et représentations du sang, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme.
Pauchet Victor, 1932, L’Automne de la vie. L’Homme et la Femme à l’âge critique, Paris, Éditions J. Oliven.
Ré-enchanter la vieillesse
Rose-Marie Lagrave

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Mahfoud BOUDAAKKAR