Le vêtement, une façon de parler

On l’oublie souvent, mais le vêtement est aussi un langage. En effet, les vêtements « parlent ».Et on les fait parler. Parfois en leur donnant des significations autres que ce qu’ils veulent transmettre, ou du moins ce que veut transmettre celle ou celui qui les porte. A tel point qu’on en arrive à oublier qu’ils sont là d’abord pour « servir », qu’on se vêt aussi pour couvrir le corps et le protéger, l’abriter des regards, surtout en ce qui concerne les parties dîtes « honteuses ».
Si le vêtement est (aussi) langage, alors celui-ci devrait en porter les traces au quotidien, en formes d’expressions de façon métonymique ou métaphorique (voir bibliographie : Roland Barthe). Ces formules courantes sont loin d’être innocentes, même quand elles sont présentées sous formes de boutades. De fait, elles sont « classantes » et servent à placer dans une case l’individu visé : son origine sociale, son niveau de culture ou de formation, sa profession et peuvent même viser son comportement voire sa vie familiale, amoureuse et/ou sexuelle…
Les noms et prénoms maghrébins portent souvent le préfixe « Bou ». Une remarque à ce sujet : au Moyen-Orient, ce préfixe écrit et prononcé « Abou » signifie « père de…). En effet, vieille tradition arabe, les pères portent généralement le prénom de leur garçon aîné, précédé du préfixe Abou. Abou Qâssim = père de Qassim.
Au Maghreb, et du fait de l’administration coloniale qui a établi les états-civils à la manière française (un nom de famille commun + un prénom pour chaque enfant), ce préfixe, abrégé en « bou » a changé de sens. Il signifie «  l’homme à… Celui qui possède…). Ainsi quelqu’un qui s’appellerait officiellement sur le plan administratif, Bouchemla par exemple, signifie «  l’homme qui porte, qui a un turban, l’homme au turban).
Ce procédé inventé par l’administration coloniale, va être étendu dans le langage populaire, pour fabriquer des sobriquets afin de désigner des personnes selon leur apparence vestimentaire, mais avec derrière des allusions souvent moqueuses, voire perfides ou élogieuses, selon la personne visée et le but recherché.
Ainsi, « sarouel » désigne la pantalon traditionnel (bouffant à l’arrière), habituel chez les paysans. « Bousarouel » va donc désigner péjorativement quiconque mal « fagoté » aux allures de blédard..
« Sriouila » est le diminutif de sarouel : petit sarouel. Même si quelqu’un porte un pantalon européen, si ce dernier est trop étroit, trop court ou frippé, il aura droit au surnom de « Bousriouila », avec l’arrière-pensée qu’il s’habille au marché d’occasion.
Pour les femmes, on entend : » flâna, hetta ki telbess chkara batata, twalemha ! ». Unetelle, même si elle portait (en guise de robe) un sac de patates, ça lui irait… Façon de dire qu’elle est belle et plus largement : « quand une femme est belle, elle peut porter n’importe quel vêtement, elle restera toujours belle !
Les vêtements, qu’ils soient discrets ou « parlent haut », jusqu’à – comme le voile peut le faire – servir d’armes symboliques (et être perçus ainsi), qu’on se les représente comme des innovations, des survivances ou des retours à la tradition, les vêtements participent, selon une histoire qui leur est propre, de l’ensemble des transformations qui affectent la société et sont, face à celles-ci, autant de prises de position, délibérées ou non.
Quand une personne, femme ou homme, « en fait trop » en matière vestimentaire, cela peut susciter la désapprobation, voire la méfiance. Un vieux dicton populaire dit : » yâ mchabbah 3la barra, wâch hâlek men dâkhel ? ».Toi qui est si bien arrangé à l’extérieur, qu’en est-il à l’intérieur ? Ce qui peut signifier selon les cas :
– Tu dépenses des fortunes pour t’habiller, mais en as-tu vraiment les moyens ? (Ne le fais-tu pas au détriment d’autres besoins plus nécessaires ?)
– Plus prosaïquement : « tu as l’air bien propret à l’extérieur, mais qu’en est-il de ton hygiène corporelle ? »
– Tu as beau te saper comme un roi, tu ne nous impressionne pas (avec pour sous-entendu : on te connaît assez).

Changements, évolutions et mélanges des genres

Les changements prennent une acuité toute particulière, non seulement en tant que symptômes, mais en tant qu’enjeux, au point de susciter une véritable « question du vêtement ». Parce que celui-ci touche au corps sexué, à l’intégrité personnelle et à son image ? Ou bien, et ceci ne contredit pas nécessairement cela, parce que, s’agissant de l’apparence la plus visible, les interrogations concernant les manières de vivre s’y projettent, au premier plan ? Du moins la part la plus manifeste : on le sait, le vêtement à la fois révèle et tient caché.
Géographiquement, Le Maghreb n’est qu’à quelques encablures de la France par exemple. Environ 2 heures d’avion pour un Paris-Alger. Les échanges commerciaux et humains sont très fréquents. Dans tous les domaines. Les modes vestimentaires n’y échappent pas, bien au contraire, elles sont au centre de toutes les attentions pour celles et ceux qui font souvent le va-et-vient entre, qu’il s’agisse des immigrés,des hommes d’affaires ou des simples touristes.
Le développement des pays du Maghreb, même s’il ne se fait pas sans difficultés et heurts et bien réel. L’habit traditionnel, même dans les zones rurales ou semi-rurales maghrébines a largement cédé la place à l’habit européen, avec toute sa diversité et ses fantaisies selon les « humeurs » et les caprices des grands couturiers des grandes capitales européennes. Que l’on se promène à Rabat, Alger ou Tunis : même décore vestimentaire. Chez les jeunes comme chez les plus âgés.
Il faut vraiment se hisser sur les talons, mettre la main en visière sur le front et lancer le regard le plus loin possible pour entrevoir une djellaba, une tête enturbannée, une qachabiya, ou un burnous, en ce qui concerne les hommes. C’est pareil pour les femmes : difficile d’en rencontrer en robes berbères ou autres. Les jeunes femmes les évitent parce qu’elles veulent monter qu’elles sont « branchées » et donc priorité aux habits occidentaux et si possible, les plus les lignes les plus récentes et donc… les plus chères !
Pour plaisanter un peu : si vous voyez une dame en tenue traditionnelle, c’est qu’il s’agit d’une paysanne égarée en milieu citadin sans doute à la recherche de son mari ou de son fils, perdu dans la foule !!
Par contre un phénomène nouveau est venu bouleverser profondément le « spectacle » et la forme des foules en déplacement, que cela soit dans les grandes ou les moyennes et petites ville : celui du voile ! Et ce la ne date pas d’hier mais remonte à moins deux décennies. Phénomène qui ne concerne pas uniquement le Maghreb mais l’ensemble du monde arabo-musulman, c’est-à-dire aussi les nombreux pays qui ne sont pas « arabes ». Le voile, devenu peu à peu omniprésent, envahissant même, touchant pratiquement toutes les catégories d’âges ou d’origine sociale chez les femmes. Nous y reviendront…
Alors, quid des vêtement traditionnels ? Fini les parades, l’étalement des accessoires de beauté, y compris les costumes et la séduction à l’ancienne ?
Pour plaire, attirer et espérer « décrocher » l’amour, faut-il désormais se mettre à l’heure occidentale : s’habiller, se mouvoir, manger, offrir des cadeaux, déclamer son amour à la manière occidentale qui par ailleurs s’impose partout dans le monde et pas seulement au Maghreb ?
Les choses sont beaucoup plus complexes et subtiles que ça. L’amour à l’ancienne, avec tout son attirail et son « folklore » (vêtements, chants, danses, rituels des fêtes, langage parlé…) s’est tout simplement déplacé dans l’espace et le temps. Il s’est aussi transformé en s’adaptant, avec un effort important pour à la fois garder l’ancien et le renouveler, le moderniser et le mettre au goût du jour…
Si en effet cet espace public qu’est la rue, avec ses corollaires : parcs, lieux de loisirs publics (ères de jeux pour les enfants où les femmes se retrouvent en nombre plus important que les hommes, cafés, restaurants est indéniablement « occidentalisé » malgré la forte présence de femmes voilées, les lieux de réjouissances qui offrent l’occasion de paraître, de se faire remarquer et éventuellement de « faire une touche » comme on dit communément se sont déplacés vers des espaces plus intimes, plus fermés, ou en tout cas plus discrets.
Les habits traditionnels -tout un patrimoine culturel- comme nous le disions plus haut, non seulement ne sont pas remisés au placard, mais bien au contraire remis à l’honneur, retravaillés par des couturiers talentueux à la fois à l’affût des modes les plus récentes et soucieux de mettre en valeur ce patrimoine avec les moyens modernes aussi bien en termes de technologies de fabrication, mais aussi avec de nouvelles matières premières textiles auparavant indisponibles ou trop coûteuses.
Les maisons de coutures haut de gamme se multiplient dans les grandes villes maghrébines, les défilés de mode très fréquents dans des décors dignes de ceux que l’on voit dans les parades européennes (parfois plus somptueux car se déroulant dans des palais anciens, prêtés ou loués pour l’occasion, surtout au Maroc).
La libéralisation des médias contribue puissamment à la « démocratisation » de cette activité, au moins en diffusant largement les cérémonies et en permettant aux citoyens mêmes les plus modestes de découvrir le patrimoine vestimentaire des différentes régions de son pays , mais aussi celui des pays voisins et de se familiariser ; même si ce patrimoine comme nous l’avons dit est revisité, selon la créativité du couturier et les canons dominants dans les milieux de mode à l’échelle internationale.
Ainsi, non seulement ce très riche patrimoine n’est pas jeté aux oubliettes, mais il ressurgit en force dans les grandes occasions : fêtes en toutes sortes, réceptions privées, tenues des hôtesses dans les grands hôtels, les expositions, les plateaux télé, les grandes manifestations commerciales et même certains aéroports…
Mais pour les non-initiés aux habits traditionnels maghrébins, faisons un petit tour pour découvrir au moins ceux des plus connus et donc les plus portés.

Costumes maghrébins traditionnels et modernisation

Le burnous:

En berbère :abernus ou avarnous; en arabe maghrébin, barnous . C’est un manteau en laine, long sans manche, avec une capuche pointue, d’origine berbère ancienne.
On porte un burnous blanc, rarement noir ou bleu, comme manteau lorsqu’il fait froid. Le burnous noir dit Mascari , une spécialité de la ville de Mascara en Algérie. Au Maroc, le burnous est également désigné par le terme de selham.
Le burnous marron à poils de dromadaire dit aussi « louabri » (une appellation tirant sa racine du mot arabe « wabar » qui signifie « laine » de chameau), léger et d’une extrême finesse, est une spécialité exclusive des régions du sud sahariennes. Il est généralement prisé dans tout l’Atlas saharien, confectionné dans des ateliers séculaires de tissage et de confection par des femmes au foyer.
En Kabylie, le burnous est réalisé à base de laine de mouton ou de brebis. Traditionnellement confectionné à la maison par les femmes, le métier s’y transmet de mère en fille. Souvent de couleur blanche, il peut être de couleur marron. Porté par les hommes, les femmes portent également un habit du même genre mais différent car confectionné en coton. Lors du mariage, la femme porte un burnous spécifique.
Et justement, les couturiers modernes ont saisi l’occasion pour parfaire ces burnous féminins, en les transformant en sortes de capes très élégantes, mettant en valeur, l’habit principal que doit porter le mannequin.

La fouta :

peut se présenter à la fois en une une sorte de caleçon ; elle peut être portée en turban, en cape qu’on place sur le dos, en linge pour la table,et souvent en tablier qu’on attache à sa ceinture. Cette étoffe est typique des régions berbères où elles sont porytées comme habits de fêtes.
En Tunisie, on l’attache à la ceinture, en entrant dans le bain ou les hammams. En principe, on donne à chacun qui entre le bain trois fouta, on se sert de la première comme caleçon, en entrant dans le bain, de la seconde quand on sort, et avec la troisième en s’essuie le corps.

En Haute couture traditionnelle

L’usage de la fouta en tant qu’habit traditionnel de haute couture pour femmes au Maghreb est très répandu et à la mode et les femmes le portent dans les fêtes de mariages. On parle alors de fouta ou de Blouza ou « de hram harir souri » (fouta syrienne) .Autres utilisations
La fouta sert à la fois de serviette de bain mais aussi de paréo à la plage, de serviette de plage, de jetée de lit, de nappes… Elle existe en plusieurs modèles et plusieurs couleurs.

Le fez

En Arabe, fâs ou tarbouche. C’est un couvre-chef en feutre, souvent rouge, en forme de cône tronqué, orné d’un « pompon » noir fixé sur le dessus.
Au Maghreb, il est devenu rare d’en voir dans la vie de tous les jours, sauf dans certains milieux et au sein d’une certaine population plutôt âgée. Au Maroc, il est un peu plus présent. Mais plus en tant que « fantaisie « ou coquetterie personnelle, d’une djellaba blanche et des Belgha (babouche ou sandales jaunes ou blanches ; cette tenue est également celle des groupes de musique arabo-andalouse. En Algérie qui a fait partie de l’Empire ottoman, cette coiffe est appelée « Chéchia d’Istanbul », et est portée avec une djellaba de différentes couleurs. Mais là encore, et plus qu’au Maroc, c’est plutôt le fait de jeunes, lors de soirées entre amis, histoire de « faire chic ».
Le plus intéressant est de savoir que les spécialistes de la mode maghrébine ont compris l’intérêt de cette coiffe originale et fort élégante au demeurant, en la « féminisant », c’est-à-dire en allégeant sa texture par le recours à des tissus plus légers, en multipliant les couleurs pour la faire porter par les mannequins selon les costumes qu’ils veulent présenter.
Là encore, pour terminer sur une note d’humour : vous ne verrez jamais une présentatrice télé en Tarbouche même élégamment féminisé, sauf peut être dans des émissions de divertissement ou à caractère humoristique.

Le Kaftan

C’est une tunique longue portée dans diverses régions à travers le monde, aussi bien au Moyen-Orient qu’au Maghreb.
Les vêtements au Maghreb ont en général deux origines qui les distinguent d’ailleurs nettement au niveau formes et style de confection. Sur le plan de leurs affectations  d’usage aussi. En gros, il y a les vêtements d’origine berbères qui existent depuis la nuit des temps, sans doute améliorés au fil des siècles. Et il y a ceux dits « arabes », en fait venus essentiellement d’Andalousie et un peu du Moyen-Orient, surtout sous l’influence des modes de Baghdad à l’époque de l’empire Abbasside.
Ajoutons une dernière influence, moins importante : celle des Ottomans qui ont apporté entre autre le Tarbouche stambouliote et surtout l’art des gilets brodés aussi bien pour les femmes que pour les hommes.
Les caftans hérités des Andalous diffèrent de ceux portant « label Bghdadien ».Ils ont eux aussi subit des modifications selon les goûts maghrébins, les compétences professionnels des artisans locaux et les époques. De nos jours, le terme est utilisé pour qualifier un long vêtement d’apparat traditionnellement porté uniquement par les femmes, revisité par des stylistes modernes permettant à cette tunique de revivre sous de nouvelles formes et se faire connaître à l’international. (
De nos jours, des stylistes marocains, algériens et tunisiens se sont lancés dans la modernisation et la transformation de leurs habits traditionnels. Cette modernisation apporte à nombre de tenues de nouveaux attributs initialement non présents dans les formes traditionnelles.

Des voiles pour masquer le beau et étouffer le désir

Peut-on en parler du voile au singulier ? En restant uniquement dans le « périmètre » géographique du Maghreb, il existe plusieurs formes de voiles, sans parler de leurs significations socio-culturelle ou religieuses propres et de leurs histoires respectives.
Voyons ce qu’il en est :

Le haïk

Peut-on parler de « vêtement » à propos du « Haïk » ? Il s’agit de l’un des plus anciens « recouvrement du corps » pour ne pas parler de vêtement qui font couler beaucoup d’encre en ce moment, des deux côtés de la méditerranée…
Pour résumer, le haïk est constitué d’une étoffe rectangulaire recouvrant tout le corps, longue de six mètres environ sur 2, enroulée puis maintenue à la taille par une ceinture ou en haut, au niveau du pli, par une main qu’on laisse sortir. Il peut être fixé par des fibules (1).
Fabriqué à partir de tissu de laine, de soie ou de soie synthétique, le haïk réussit, en un laps de temps très court, à se répandre à travers de nombreuses régions du pays, mais son port fut adapté aux spécificités socioculturelles de la région d’adoption.
Parmi cette panoplie, un type de voile a connu un grand succès, auprès des femmes s’entend, au vu de son style de conception, la manière de le porter, ainsi que la qualité du tissu utilisé par les artisans. Il s’agit du haïk « M’rama », apparu à la fin du XIXe siècle et qui fut d’abord porté par les femmes citadines d’Alger et sa banlieue. Ce type de voile est souvent associé à la beauté féminine et a inspiré nombre de poètes et de chanteurs « chaabi » (2) qui lui dédièrent beaucoup de leurs œuvres.
Bien que tendant à disparaître, iI est encore porté, à Alger, Tlemcen, Bejaïa et Oran…surtout par femmes âgées.

Le sefseri tunisien

Il s’agit du même voile blanc que celui que l’on trouve à Alger, Oran ou Tlemcen… Seule la façon de le porter diffère, notamment à Tunis.
Longtemps obligatoire comme en Algérie, imposé aux femmes jeunes ou âgées , pour « les protéger du regard des hommes », il a commencé progressivement à disparaître. Porté aujourd’hui encore par quelques rares femmes âgées, souvent accompagnées par leurs filles en vêtements modernes européens !
Après l’indépendance de la Tunisie, le président Habib Bourguiba avait essayé, en vain, d’en faire abandonner l’emploi ; il avait ainsi retiré lui-même leur voile à des jeunes filles en direct à la télévision !

Haïk noir: la M’laya

En 1792, la M’laya voile de couleur noir, fait son apparition pour faire le deuil de Salah Bey, Bey, régent Ottoman de Constantine qui était fortement apprécié par les populations. Ce « vêtement » s’est ensuite répandu dans toute partie Est de l’Algérie, et des populations frontalières côté Tunisie.
Par la suite, la M’laya devint un port vestimentaire à forte coloration politique, après les événements tragiques de Sétif et Constantine en 1948 : ( contestation de la domination colonialiste et volonté d’indépendance) (3). La M’laya est toujours de mise jusqu’à nos jours…
De tous les habits traditionnels, les voiles, dans leurs diversité n’ont pratiquement pas inspirés les stylistes spécialistes de la mode ; et pour cause : ils ne permettent pas de découvrir et encore moins de valoriser les vêtements à exposer, contrairement au burnous féminisé , par exemple.

Voiles d’importation: les extrémistes islamistes imposent leurs choix

Devant la disparition progressive des voiles traditionnels dans les lieux publics et une relative liberté de circulation gagnée par les femmes, l’irruption du fondamentalisme musulman, avec son aspect rigoristes et autoritaire, allait imposer non seulement le retour massif au port du voile, mais pas n’importe lequel et surtout pas les voiles traditionnels ancestraux locaux !
Des voiles importés… du Moyen-Orient ? Non ! D’Asie mineure : Arabie Saoudite, Afghanistan, Pakistan… Des voiles noires couvrant intégralement tout le corps, sauf les yeux (ah ! Quand même…).
Voici les plus répandus devenus célèbres :

La burqa

Bourqou’ en Arabe, il s’agit d’ un voile intégral d’origine afghane porté par les femmes principalement en Arabie Saoudite, Afghanistan, au Pakistan et en Inde. Dans ces pays, le port de ce voile est une obligation stricte.
En, France, le mot est souvent utilisé improprement par des politiques et journalistes au cours des débats sur la légalité du port du voile intégral islamique, le confondant avec le le niqâb. Or, ce dernier laisse les yeux visibles alors que la burqa moderne intègre une grille ou un voile léger destiné à masquer le regard. Cette burqua « moderne » est une invention récente qui a été imposée par les talibans en Afghanistan dans les années 1990 et qui s’est ensuite répandue dans d’autres pays comme la Turquie.

Le Tchadri

En principe, c’est le vêtement traditionnel des femmes en Afghanistan depuis plus d’un millénaire et ressemble à la Burqa. Le tchadri, mot persan, ne couvre pas le bas du pantalon des femmes et il est adapté pour que les femmes puissent sortir leurs bras pour faire le marché, par exemple. Les mains sont visibles. Certains types de tchadri sont même ouverts par devant, légèrement en dessous de la taille, laissant paraître robe et pantalon.
. Depuis que les talibans ont été chassés du pouvoir à Kaboul en novembre 2001, le port du tchadri n’est plus obligatoire en Afghanistan, même s’il reste encore très largement répandu.
Des femmes, essentiellement à Kaboul, ont abandonné à nouveau le tchadri et se promènent, sinon habillées à l’occidentale, simplement revêtues d’une gabardine et coiffées d’un foulard.. Dans les écoles, les collèges et les lycées, les élèves portent un uniforme veste/pantalon généralement noir et un foulard blanc; leurs femmes professeurs portent un uniforme vert clair ou gris et aussi un foulard.
Et la question reste posée : que sont venus faire dans les pays du Maghreb riches de leurs propres traditions vestimentaires, ces accoutrements étrangers, qui en plus sont encore moins fonctionnels que les bons vieux Haïks, eux-mêmes difficiles à porter, semble-t-il ?

Le voile intégral : un business florissant !

Curieusement, si le voile traditionnel maghrébin, blanc ou noir n’a que peu inspiré les stylistes en matière de mode, ces voiles intégraux d’inspiration indéniablement islamiste intéresse fortement les spécialistes au Moyen-Orient et notamment en Egypte !
Avec la libéralisation (relative) de la presse écrite, de l’audio-visuel (télés privées et magazines en ligne), le voile (intégral ou non) est en vogue, sous toutes les coutures si l’on ose dire et les affaires vont bon train semble-t-il…
Ils y ont vu là probablement une aubaine pour développer leur business, avec l’avantage d’être sensés être eux-mêmes musulmans, donc respectueux de la « chose » et désireux justes de faire des musulmanes encore plus épanouies et heureuses.
Mais le pliu étonnant est que ce business est surtout en expansion dans les pays occidentaux qui ne sont plus à un paradoxe près.
Cela a pris de l’ampleur avec le groupe Decathlon, pris dans un tourbillon après la commercialisation, sur son site français, d’un « hijâb de running » c’est-à-dire un voile en polyester et élasthanne qui couvre le crâne, le cou et les épaules, à destination des joggeuses. Ce hijab Decathlon a suscité une véritable « hystérie » dans les médias et sur les réseaux sociaux.
L’argument de ces vendeurs que rien n’arrête quand il s’agit de se faire de l’argent : »Une classe moyenne éduquée, dynamique, moderne et religieuse a émergé. Elle affirme son appartenance musulmane et revendique le droit de faire du hijab un objet de mode. » Sous-entendu : « et nous , notre métier est de répondre à la demande.
L’idée, visiblement encore loin d’être acceptée par la classe politique française et par une partie des internautes qui se déchaînent sur les réseaux sociaux, fait pourtant fureur outre-Manche, outre-Atlantique et dans les pays musulmans. C’est ainsi que s’est développée une « mode islamique », parfois désignée comme « modest fashion » (littéralement « mode pudique »), moderne et urbaine. Et qui a conquis les plus grandes maisons de couture.

Notes :

(1) Fibule : Agrafe, épingle pour retenir les extrémités d’un vêtement.
(2) Chaabi: Musique populaire algéroise, dérivée de la musique arabo-andalouse.
(3) Massacres de Sétif, Guelma et Kherrata — Wikipédia (wikipedia.org)

Bibliographie :

Abrous (D.), « Le voile en Algérie ou la muraille éclatée », Maghreb-Machrek 123, 1er trimestre 1989.
Barthes (R.), Système de la mode, Paris, Le Seuil, 1967.
Bourdieu (P.), « La métamorphose des goûts », in Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1984.
Dozy (R.), Dictionnaire détaillé des noms de vêtements chez les Arabes, Amsterdam, 1845.
Lacoste-Dujardin (C.), « Les fichus islamistes : approche ethnologique d’une stratégie d’anti-intégration », Hérodote 56,1er trim. 1990.